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Plateforme des données de santé : la France quitte progressivement Microsoft Azure

  • il y a 20 heures
  • 3 min de lecture
Plateforme des données de santé : la France quitte progressivement Microsoft

C’est l’un des dossiers les plus symboliques de la souveraineté numérique française. Après plusieurs années de débats sur l’hébergement de la Plateforme des données de santé par Microsoft Azure, l’État a choisi de confier sa migration à Scaleway, filiale française du groupe Iliad. Point d'étape ...


L’annonce marque un tournant. Toutefois, elle ne signifie pas que le Health Data Hub a déjà quitté Microsoft. À ce stade, la décision politique et technique sont prises. Le chantier, lui, ne fait que commencer.


La Plateforme des données de santé, aussi connue sous son ancien nom de "Health Data Hub", a été créée pour faciliter l’accès aux données de santé à des fins de recherche, d’innovation et d’évaluation des politiques publiques. Son ambition est considérable : permettre l’exploitation secondaire de grands jeux de données, notamment issus du Système national des données de santé, dans un cadre sécurisé.


Pourtant, son hébergement par Microsoft Azure a rapidement cristallisé les critiques. Le débat ne portait pas seulement sur la localisation physique des serveurs. Il portait aussi sur le droit applicable. Microsoft est une entreprise américaine. À ce titre, le risque d’accès par des autorités étrangères, même indirect ou très encadré, est devenu un sujet majeur de souveraineté.

La décision de migrer vers Scaleway répond donc à une double préoccupation : réduire la dépendance à un acteur extra-européen et renforcer la maîtrise juridique, technique et opérationnelle d’une infrastructure contenant des données parmi les plus sensibles du pays.


Le choix de Scaleway n’a pas été présenté comme un simple changement de fournisseur. Selon les éléments publics disponibles, il s’inscrit dans le marché « Nuage public » et dans la doctrine « Cloud au centre » de l’État. Plus de 350 critères techniques auraient été examinés, notamment sur la sécurité, la résilience, la performance, la souveraineté et la capacité à opérer à grande échelle.


Cette méthode est importante. Elle montre que la souveraineté numérique ne peut plus être réduite à un slogan. Elle doit désormais être traduite dans des critères techniques, contractuels, juridiques et opérationnels vérifiables.


Mais le calendrier montre aussi la complexité de l’opération. L’année 2026 doit être consacrée au développement et à l’homologation d’environnements sécurisés, à des tests, à un audit de sécurité et à une demande d’autorisation auprès de la CNIL. La migration des projets hébergés sur la plateforme doit, elle, commencer en 2027. Autrement dit, la bascule vers Scaleway sera progressive. L’essentiel de la consommation cloud pourrait migrer au second semestre 2027. Des projets résiduels et complexes pourraient rester temporairement sur Azure. La sortie de Microsoft est donc engagée, mais elle n’est pas encore achevée.

Ce point est essentiel pour comprendre le dossier. La souveraineté numérique n’est pas un interrupteur que l’on actionne. C’est une trajectoire. Elle suppose de construire des environnements techniques équivalents, de garantir la continuité de service, d’obtenir les autorisations nécessaires, de sécuriser les accès et de conserver la capacité de traiter des volumes importants de données.


Le choix de Scaleway est aussi un test industriel. Il doit démontrer qu’un prestataire français peut répondre à des exigences comparables à celles des grands "hyperscalers" américains, tout en apportant des garanties plus fortes sur la maîtrise juridique et stratégique. C’est un enjeu pour la santé, mais aussi pour l’ensemble de la politique cloud de l’État.


Le dossier reste toutefois incomplet sur plusieurs points. Le coût total de la migration n’est pas public. Le calendrier détaillé projet par projet n’est pas connu. Le niveau exact de qualification attendu pour chaque brique technique devra être précisé. Et la coexistence temporaire entre Azure et Scaleway aura nécessairement un coût, à la fois financier et organisationnel.

Le cas de la Plateforme des données de santé illustre donc parfaitement la situation française. La prise de conscience est réelle. Le virage souverain est engagé. Mais la dépendance, construite au fil des années ne disparaîtra pas en quelques mois.


La vraie question n’est plus seulement de savoir si la France doit sortir de Microsoft pour ses données de santé. Cette décision est désormais prise. La question est de savoir si elle saura le faire dans les délais annoncés, sans perte de performance, sans rupture de service et avec un niveau de sécurité au moins équivalent. C’est à cette condition que le choix de Scaleway deviendra autre chose qu’un symbole : un précédent opérationnel pour la souveraineté numérique de l’État.



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