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Assistant IA, Transcripts et DiploIA : les trois outils avec lesquels l’État veut développer l’usage de l’intelligence artificielle

  • il y a 5 jours
  • 4 min de lecture

IA et administration

Le gouvernement veut généraliser trois outils d'IA dans la fonction publique : un assistant conversationnel, un service de transcription et une solution de traduction. Au-delà des gains de productivité attendus, ce dispositif vise à proposer aux agents publics une alternative sécurisée aux plateformes américaines …


Le gouvernement français souhaite accélèrer le déploiement de l’intelligence artificielle dans l’administration. Présenté le 16 juin 2026, son plan pour une IA « utile, humaine et souveraine » prévoit notamment la généralisation de trois outils : Assistant IA, Transcripts et DiploIA.


Ces solutions répondent à trois usages très courants dans les administrations : rédiger et résumer des documents, produire les comptes rendus des réunions et traduire des contenus. Leur déploiement poursuit également un objectif de sécurité. Il s’agit de limiter l’utilisation non encadrée de services externes comme ChatGPT, Claude ou Gemini par les agents publics.


Assistant IA : un « ChatGPT » destiné aux agents de l’État


Assistant IA est un agent conversationnel développé par la Direction interministérielle du numérique, la DINUM. Son fonctionnement se rapproche de celui des assistants généralistes disponibles auprès du grand public.


Les agents peuvent lui demander de rédiger un courrier électronique, de reformuler un texte, de résumer un document ou d’effectuer une traduction. L’objectif est de réduire le temps consacré aux tâches répétitives, sans remplacer l’analyse ou la décision humaines. L’outil a été expérimenté à partir de l’automne 2025 auprès de 10 000 agents volontaires appartenant à huit ministères. Cette phase pilote devait permettre d’évaluer les usages, les gains de temps et la qualité des réponses avant un déploiement plus large.


Assistant IA repose sur Mistral Medium 3, un modèle développé par l’entreprise française Mistral AI. Il est hébergé en France par Outscale, la filiale cloud de Dassault Systèmes, dans un environnement présenté comme sécurisé et qualifié SecNumCloud. Cette architecture constitue un élément central du projet. Les informations traitées par les agents peuvent contenir des données administratives, personnelles ou sensibles. Le gouvernement veut donc éviter que ces données soient transférées vers des infrastructures soumises à des législations étrangères.


Transcripts : automatiser les comptes rendus


Le deuxième outil, Transcripts, transforme automatiquement un enregistrement audio en texte. Il peut être utilisé pour transcrire des réunions, des entretiens, des rendez-vous ou des auditions. Le service est également capable d’identifier les différents intervenants, d’horodater leurs prises de parole et de produire un document exportable.


L’enjeu est important. En automatisant la première transcription, Transcripts peut réduire fortement cette charge. L’agent conserve néanmoins un rôle indispensable. Il doit vérifier le texte, corriger les erreurs, sélectionner les informations importantes et valider la version définitive parce que le transcription automatique reste imparfaite. Sa qualité dépend de l’enregistrement, des bruits environnants, de l’accent des participants, du vocabulaire employé et de la capacité du système à distinguer les personnes…


L’utilisation de l’outil soulève aussi des questions juridiques et organisationnelles. Les participants doivent notamment être informés de l’enregistrement. La durée de conservation des fichiers audio et des transcriptions doit être encadrée. Les administrations doivent enfin déterminer quelles réunions peuvent être enregistrées et quelles informations ne doivent jamais être confiées au système.


DiploIA : une technologie née au Quai d’Orsay


DiploIA a été développé en interne par la direction du numérique du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Conçu initialement pour les besoins de la diplomatie française, l’outil permet de traduire des contenus dans un environnement sécurisé. Les documents diplomatiques sont souvent sensibles. Le recours à des plateformes de traduction accessibles sur Internet peut donc présenter un risque de confidentialité.


Une publication du Quai d’Orsay décrit plus largement DiploIA comme un service souverain de transcription et de traduction. Dans le plan présenté le mois dernier, c’est principalement sa fonction de traduction qui doit être étendue aux autres ministères car la mutualisation de DiploIA permettrait aux administrations de traduire plus rapidement des notes, des courriers, des rapports ou des documents de travail, sans transférer leur contenu vers des services externes.


Plusieurs points restent toutefois à préciser : les langues couvertes, la qualité des traductions spécialisées, les volumes pouvant être traités et les modalités d’accès pour les différents ministères. Comme pour toute traduction automatique, la validation humaine reste indispensable lorsque le document présente une portée juridique, diplomatique, politique ou opérationnelle. L’IA est un affabulateur convainquant :-)


Une réponse au développement de « l’IA clandestine » (Shadow AI)


Cette expression désigne le recours à des outils externes qui n’ont pas nécessairement été autorisés ou évalués par l’administration. Les agents peuvent ainsi copier dans un assistant généraliste des informations professionnelles, parfois sans connaître les conditions de conservation ou de réutilisation des données. L’État semble avoir tiré une conclusion pragmatique : l’interdiction ne suffit pas. Pour réduire les usages non contrôlés, il faut proposer des services officiels suffisamment simples, performants et accessibles.


La souveraineté ne suffit pas à garantir la fiabilité


Assistant IA, Transcripts et DiploIA illustrent une nouvelle étape de la transformation numérique de l’État. L’administration ne se contente plus d’expérimenter des prototypes. Elle commence à constituer une gamme d’outils mutualisés (destinés au travail quotidien des agents.


Leur hébergement en France et leur contrôle par des acteurs publics ou français réduisent certains risques. Ils ne suppriment cependant pas les limites propres à l’intelligence artificielle. Un assistant conversationnel peut produire des informations fausses. Un service de transcription peut attribuer une phrase au mauvais intervenant. Un traducteur automatique peut modifier le sens d’un texte. Les exemples sont nombreux


La gouvernance, outil indispensable du déploiement de l’IA


La réussite du programme dépendra donc moins de la seule technologie que des règles qui entoureront son utilisation : formation des agents, contrôle humain, traçabilité, protection des données, mesure des performances et définition claire des responsabilités.


Ces trois outils constituent ainsi autant un projet d’organisation du travail qu’un projet informatique. Ils pourraient faire gagner du temps aux agents publics. Mais leur véritable efficacité ne pourra être évaluée qu’à partir de leurs usages réels, de la qualité des résultats et de leur capacité à renforcer le service rendu aux citoyens.


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