DeepL – Amazon : le partenariat qui ravive le débat sur la souveraineté numérique européenne
- 24 juin
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Et hop ! DeepL, l’une des principales réussites européennes dans le domaine de l’intelligence artificielle, renforce ses liens avec Amazon Web Services. L’entreprise allemande va en effet s’appuyer sur l’infrastructure mondiale d’AWS pour traiter une partie des données de ses clients et accélérer son développement international. Si cette décision semble répondre à des impératifs techniques et commerciaux, il faut bien reconnaitre qu'elle provoque également une controverse. Elle montre les difficultés rencontrées par les entreprises européennes de l’IA lorsqu’elles cherchent à se développer à l’échelle mondiale sans dépendre des grands fournisseurs américains de cloud.
DeepL évolue pour adopter une infrastructure hybride
DeepL ne renonce pas à ses propres infrastructures. L’entreprise adopte un modèle hybride associant ses serveurs administrés dans des centres de données européens et les capacités de calcul fournies par AWS qui devient ainsi un sous-traitant technique de DeepL. DeepL reste le fournisseur du service et conserve le contrôle de ses modèles propriétaires.
L’entreprise précise toutefois qu’elle ne traitera plus les données exclusivement en Europe. Cette évolution marque un changement important. Jusqu’à présent, DeepL mettait notamment en avant le traitement des données sur ses propres infrastructures européennes.
Une décision motivée par le développement à l'international
DeepL justifie ce choix par la nécessité d’améliorer les performance de ses services à l’échelle mondiale. La proximité géographique des centres de données permet en effet de réduire le temps nécessaire pour transmettre et traiter les informations. Cet enjeu devient particulièrement important pour les nouveaux services de traduction en temps réel, notamment la traduction vocale.
Ce choix illustre malheureusement un dilemme classique pour les entreprises européennes de l’IA. Elles peuvent essayer de construire (et très souvent échouer) et exploiter seules une infrastructure mondiale, avec des investissements très importants, ou utiliser les capacités déjà disponibles chez les hyperscalers américains.
DeepL également disponible sur Amazon Marketplace
Le rapprochement entre les deux entreprises ne concerne pas uniquement l’hébergement des données. Depuis février 2026, les solutions de DeepL sont également disponibles sur AWS Marketplace. Les entreprises clientes d’Amazon peuvent acheter et intégrer l’API DeepL depuis leurs environnement AWS existant.
Pour DeepL, AWS devient donc à la fois un fournisseur d’infrastructure et un canal de distribution.
DeepL assure que les données restent "protégées"
Face aux inquiétudes exprimées par certains clients, DeepL insiste sur les garanties mises en place. L’entreprise affirme que les données sont chiffrées pendant leur transmission et leur stockage. Les clés de chiffrement resteraient contrôlées par DeepL et non par Amazon. On peut néanmoins en douter.
Les textes ou documents envoyés pour traduction sont traités pour fournir le service et ne sont normalement pas conservés, sauf lorsque l’utilisateur choisit explicitement de sauvegarder certains éléments, comme des glossaires ou des traductions. DeepL affirme par ailleurs continuer à respecter le RGPD ainsi que plusieurs référentiels de sécurité.
DeepL propose également des mécanismes permettant à certains clients de choisir la région dans laquelle leurs données sont traitées. Cette possibilité est cependant liée au niveau d’abonnement. Selon la documentation de DeepL, cette option est disponible pour certains clients disposant d’offres professionnelles. La garantie de localisation européenne ne semble donc pas constituer le paramétrage par défaut de l’ensemble des abonnements.
Le Cloud Act au cœur des inquiétudes autour de la souveraineté numérique européenne
Les critiques ne portent pas uniquement sur l’emplacement physique des serveurs. Amazon est une entreprise américaine. Elle relève donc du droit des États-Unis, notamment du Cloud Act. Cette législation peut, dans certaines conditions, permettre aux autorités américaines de demander à un fournisseur de services l’accès à des données, y compris lorsqu’elles sont stockées à l’extérieur des États-Unis. Pour certaines entreprises européennes, la question n’est pas seulement de savoir où sont physiquement stockées les données. Elle consiste également à identifier la juridiction à laquelle est soumis le prestataire technique. Pour aller plus loin sur le sujet, je vous recommande la lecture de cet article du Guardian : https://www.theguardian.com/technology/2026/may/07/europe-ai-translation-industry-deepl-partnering-us-firms
Tout ceci est le symptôme d’une dépendance de plus en plus large ...
Le cas DeepL dépasse largement le secteur de la traduction. Les entreprises européennes de l’intelligence artificielle ont besoin de capacités de calcul. Elles doivent disposer de processeurs graphiques, de centres de données internationaux et de réseaux à faible latence. Or, ces ressources sont aujourd’hui largement contrôlées par quelques entreprises américaines, principalement AWS, Microsoft Azure et Google Cloud.
Une entreprise européenne peut donc concevoir ses propres modèles, contrôler sa technologie et respecter les règles européennes, tout en restant dépendante d’une infrastructure étrangère.
La souveraineté numérique européenne ne peut donc pas se limiter au développement de logiciels ou de modèles européens. Elle suppose également de disposer d’une infrastructure capable de soutenir leur développement mondial.
Le choix de DeepL qui paraît tout à fait rationnel sur le plan industriel a un coût stratégique. Il renforce la position dominante d’Amazon dans le cloud et affaiblit l’image de DeepL comme alternative totalement indépendante des grands groupes américains.
Il serait toutefois totalement excessif de parler d’un rachat ou d’une perte de contrôle de DeepL. Aucune prise de participation d’Amazon dans l’entreprise n’a été annoncée dans le cadre de cette opération. L'avenir nous dira la tournure que prendront les événements....
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